L’école coloniale – Malek Haddad

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Car une langue ne se tête pas seulement au sein maternel. Elle ne s’apprend pas uniquement dans la cellule restreinte et indigente d’une famille elle-même noyée dans un contexte intellectuellement appauvri, dénaturé, abâtardi. Une langue s’apprend aussi à l’école, au lycée, à l’université. Est-il besoin de rappeler le nombre d’enfants algériens non scolarisés et celui encore plus ahurissant des gamins ayant pu obtenir le certificat d’études primaires, ayant franchi le cap des bachots, ayant accédé à l’enseignement supérieur. Bien plus important et plus grave, en même temps que stupide, c’est le contenu même de l’enseignement et ses méthodes qui sont en cause.

Dès l’école primaire, cet enseignement se faisait en français avec interdiction d’avoir recours à l’arabe, même pour des facilités pédagogiques. On ne faisait qu’effleurer à la fin du cours moyen 2ème année, la Géographie ou l’Histoire de l’Algérie. Dans les lycées, l’arabe s’enseignait et s’apprenait comme une langue étrangère. Les autres disciplines, Sciences, Mathématiques, etc. se faisaient en français. Notre langue maternelle était en exil dans son propre pays. Par ailleurs, la presse, la radio, les conférences, les films, le théâtre, la publicité sur les murs, les formalités qui vont d’un mandat-poste à l’état-civil, tout ce qui s’écrit, depuis, le « défense d’afficher » jusqu’aux plaques des rues, tout, absolument tout, était privilège et monopole de la langue française.

Il fallait voir, il n’y a pas très longtemps encore de cela, comment des instituteurs, débarqués de quelque Poitou ou de quelque Normandie, traitaient d’abrutis des gosses affamés d’instruction comme ils l’étaient de nourritures terrestres. Il ne s’agit pas bien sur de jeter l’anathème sur le corps enseignant et de démagogiquement généraliser. Mais qu’on le veuille ou non, et quelle que soit sa vocation originellement libérale et respectueuse des valeurs d’autrui, il se trouve que ce corps enseignant, même lorsqu’il en limitait les dégâts, faisait partie du dispositif colonial et contribuait par là même, en symbiose avec les autres administrations, à l’entreprise concertée de décoloration et de désoriginalisation qui est la raison d’être de ce phénomène colonial.

« L’école coloniale colonise l’âme (…), c’est insidieux, c’est profond (…) Chez nous, c’est vrai chaque fois qu’on a fait un bachelier, on a fait un Français »

Malek Haddad

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