Claude Bourdet dénonce des méthodes dignes de la gestapo en 1951 pour que personne ne puisse dire qu’il ne savait pas.

Le « J’accuse » de Claude Bourdet

« Les faits dont je suis amené à parler aujourd’hui sont d’une exceptionnelle gravité. [.] A Paris, sous l’Occupation, la Gestapo possédait, outre la rue des Saussaies, et quelques autres immeubles, une série de bâtiments situés avenue Foch. Les musulmans d’Algérie ne connaissent pas « l’avenue Foch »; ils connaissent tous un autre immeuble, dont la réputation est pour eux la même : la villa Mahieddine, où officie la police des renseignements généraux d’Algérie.

« Cette réputation est-elle surfaite ? En toute sincérité, je ne le crois pas. [.] La presque totalité des accusés [d’un procès en cours] a déposé devant le procureur général des plaintes circonstanciées concernant diverses tortures, et ceux en liberté provisoire que j’ai pu interroger fournissent des précisions nombreuses sur les tortures dont ils ont été l’objet ; leur description est convaincante pour un homme connaissant l’atmosphère des locaux de la Gestapo ; il y a des détails qu’il faut avoir vus soi-même. [.] Il y a la mâchoire fracassée d’un des inculpés. [.] Il y a les brûlures d’électrode relevées sur les mains d’un accusé, et il y a surtout les plaintes déposées par tous, ou presque. [.]

Tous se plaignent des séquestrations arbitraires, qui ne peuvent être niées ; tous parlent de coups violents sur tout le corps, presque tous affirment avoir été soumis au supplice de la baignoire, certains parlent de tortures électriques et de pendaison ; plusieurs relatent un procédé qui semble nouveau : la bouteille. Voici par exemple un extrait de la plainte de Khiter Mohamed, qui resta dix-sept jours avant d’être remis au juge : « Les deux pieds et les deux poings liés, on me passa un manche de pioche simultanément sous les genoux et la face antérieure des deux coudes. Ensuite on m’a fait asseoir sur une bouteille, le goulot de cette dernière me rentrant dans l’anus pendant que les inspecteurs […] appuyaient de toutes leurs forces sur mes épaules. » [.]

« Quant à nous, nous aurons fait ce qui dépendait de nous pour que personne ne puisse plus dire « je ne savais pas ». »

 » France-Observateur « , 6 décembre 1951.

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