Décès de Nassima Hablal

Un seul mot: respect!

Décès de Nassima HablalDécès de Nassima Hablal, ancienne secrétaire de Abbane Ramdane

Nassima Hablal, ancienne secrétaire de Abbane Ramdane est décédée mardi à Birkhadem (Alger) à l’age de 85 ans, a-t-on appris auprès de ses proches.

Hablal, a commencé ses activités dans des réseaux pour soigner, vacciner et alphabétiser les familles algériennes pauvres, juste avant le déclenchement de la révolution en 1954.

Elle fut l’une des premières militantes du mouvement national où elle activait déjà dans les cellules de l’organisation féminine du Parti du peuple algérien (PPA).

La défunte s’occupait au début de la révolution de travaux de propagande, elle tapait des tracts chez elle et les tirait chez les européens qui soutenaient le Front de libération national (FLN).

Nassima Hablal, permanente à l’Union Générale des travailleurs algériens (UGTA), assurait également la frappe du journal « El Moudjahid » ainsi que celle de l’organe syndical « l’Ouvrier algérien ».

Sa maison fut choisie par le FLN pour servir de lieu de réunion et de contact avec Abbane Ramdane.

Arrêtée le 21 février 1957. Elle avait subit d’atroces sévices dans plusieurs centres de torture. Elle fut condamnée, lors de son procès, à cinq ans de prison.

Interview de Nassima Hablal:

Nassima Hablal. :«J’étais la secrétaire de Abane Ramdane»

Votre deuxième arrestation est intervenue avant le départ du CCE vers la Tunisie ? Avant l’arrestation de Ben M’hidi ?

Oui avant le départ du CCE, mais à peu près en même temps que Larbi Ben M’hidi. A deux jours près : moi, c’était le 21 février 1957. Le CCE est sorti après l’arrestation et l’assassinat de Si Larbi. Je suis restée dans les centres de torture jusqu’au mois d’avril. J’en ai fait sept.

La Torture

J’ai d’abord fait la caserne des bérets bleus à Hussein Dey. C’est là que le supplice a commencé (soupir). De 11h jusqu’à 6h, j’étais pendue au plafond la tête en bas, l’électricité… les électrodes… les bidons d’eau… toute la panoplie qu’ils avaient en tête. Mes bras étaient paralysés… des nerfs sectionnés… des muscles distendus… tuméfiée… terrifiée… et cette atroce douleur qui tenaillait mon dos. La séance a duré six heures. Ils m’ont massacrée. Ensuite, ils ont commencé à m’interroger. J’ai alors déliré, j’ai raconté des histoires. N’importe quoi. Je n’avais pas parlé de Abane. J’ai en revanche parlé de Amara Rachid que je savais mort au maquis depuis quelques mois déjà. Nous étions deux ou trois femmes. Et parmi nous une petite française qui était l’épouse de Mourad Castel. Toute la nuit, à côté, j’ai entendu torturer des hommes. Le lendemain matin, ils m’ont emmenée en voiture. Ils ont essayé la méthode douce en disant : «Si tu parles nous allons t’envoyer en Espagne et personne ne saura que tu as dit quelque chose.» Au retour de «la balade en voiture», j’ai vu un spectacle hallucinant. Sur le sol mouillé étaient allongés une dizaine d’hommes qui, toute la nuit, avaient subi le supplice de la baignoire et de l’électricité, et que des tortionnaires brûlaient au fer rouge. J’ai poussé un hurlement. Cela se passait dans une ferme à Bakallem. Parce qu’entre-temps on m’a transférée de la caserne vers une ferme poétiquement baptisée Ferme des orangers.
J’y ai passé deux ou trois nuits et puis de nouveau transférée, vers El Biar cette fois. Là ou était Ben M’hidi. J’y ai rencontré Me Mahieddine Djender ainsi que son beau-frère, Ousmer, un policier qui avait été arrêté. Curieusement, ils ne m’ont pas interrogée sur Abane. Ils m’ont plutôt cuisinée sur Ben Khedda. «Où l’as-tu vu pour la dernière fois ?», me harcelaient-ils. «Tu ne connais pas un certain Ben M’hidi, collecteur de fonds ?». J’étais à cent lieues de penser qu’il s’agissait de Si Larbi. Il y avait Massu et Bigeard. «C’est pas du travail ce qu’ils t’ont fait là. Ils t’ont laissé des traces. Nous, nous avons d’autres moyens. Les Russes l’ont fait, les Américains aussi, pourquoi ne le ferait-on pas ?» Il fallait comprendre qu’ils allaient m’injecter du sérum de vérité. Me piquer au Penthotal.
A El Biar, je suis restée deux ou trois jours, puis ils m’ont emmenée à la Villa Susini. Pour l’anecdote, lorsque j’étais petite, en passant devant cette magnifique bâtisse qui domine Alger, bâtisse aujourd’hui sinistre parmi les plus sinistres, s’il en est, je rêvais et me voyais dans cette maison comme une princesse dans un palais. Triste princesse, effroyable palais ! Lorsque on m’a enlevé le bandeau qui masquait mes yeux à mon arrivée je découvrais Feldmayer, le tortionnaire de service. Une espèce de singe géant avec des mains énormes. On m’a allongée dans une pièce, je ne savais pas où je me trouvais. Puis est entré le capitaine Folques, le maître de cérémonie, le grand patron. Il a défait mon bandeau et m’a dit : «Oh tu as un grand nez», voulant peut-être me complexer. Le pauvre, il ne savait pas combien j’étais fière de mon nez chérifien. Je trouvais dans cette cave une femme qui venait de passer par une séance, elle hoquetait. Ils venaient probablement de lui faire avaler de l’eau. C’était Denise Valbert, une française de gauche, professeur à l’université. A un moment donné, ils m’ont encore bandé les yeux et j’entendais : «Où est Audin ! Où est Maurice Audin ?» Ils avaient ramené un jeune militaire, le frère de Maurice Audin, qu’ils interrogeaient. Il y avait également Basta Ali, que je n’ai pas vu mais que j’entendais répéter «Basta ! je m’appelle Ali Basta !» ainsi pendant deux ou trois jours. J’y ai aussi reconnu Handjeritt, un membre du réseau de Sidi M’hamed et beaucoup d’autres, comme Salima Belhaffaf, l’épouse de Ben Khedda, il y a eu Nelly Forget, une Française de gauche qui travaillait avec nous, il y avait aussi Fatima Benosmane. On m’avait entravée avec des menottes, mais malgré cela, il y avait un soldat armé qui me surveillait. Je dépérissais et étais considérablement amaigrie.

L’Evasion

Un matin vers 6h, je remarquais que le soldat qui assurait ma garde ne portait pas d’arme. C’était un nouveau. Je lui ai demandé la permission de me rendre aux toilettes. Il ne connaissait pas où elles se trouvaient. Alors je l’ai fait sortir dans le jardin. J’ai été derrière un fourré et me suis dissimulée. Lorsque j’ai baissé les mains les menottes ont glissé de mes poignets. D’où l’idée de m’évader. Alors je me retourne et je me jette du haut de l’espèce de ravin situé en bas de la villa mais comme il y avait des fils de fer barbelés, ils ont amorti ma chute et m’ont empêchée d’aller plus loin. J’ai été reprise.

Avez-vous été jugée ?

Oui, je l’ai été. Mais ils ne voulaient pas me présenter au tribunal dans l’état où je me trouvais c’est-à-dire un vrai cadavre. Ils ont eu l’idée de me faire des piqûres pour me retaper un tant soit peu. C’était un soldat d’origine allemande qui me les faisait. Il me répétait quand nous nous retrouvions seuls : «Attention fidèle à l’Algérie, il faut rester fidèle à l’Algérie». Puis ce fut le tribunal… D’abord Serkadji, pour la deuxième fois. Mais j’y suis restée très peu de temps avant de passer devant le tribunal. Le procès dit des «libéraux». Un grand procès qui a duré trois ou quatre jours et dans lequel ils ont mélangé des Européens et des Algériens qui n’avaient pas forcément travaillé ensemble. J’ai été condamnée à cinq ans »

in http://www.elwatan.com/archives/article.php?id=21388

Rejoignez l’évenement facebook: https://www.facebook.com/events/517859041604938/

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