Les égorgeurs de Benoist Rey

L’auteur raconte sa guerre d’Algérie (de septembre 1959 à octobre 1960) en tant qu’appelé au sein de l’armée française. Dans ces chroniques, il raconte l’occupation par son commando d’une partie du Constantinois, les « captures », les « interrogatoires » menés par les officiers sur les rebelles algériens, les suspects ou les simples civils. Je mets des guillemets, car, à la lecture de ce que Benoist Rey nous livre, les mots perdent leur sens devant la barbarie quotidienne appliquée par l’armée française. Et la question n’est pas de savoir si elle est pire ou moindre que celle du camp adverse. La monstruosité devenue tellement banale qu’on nous parle tout à trac d’un soldat violant une civile puis écrivant le soir-même une lettre d’amour à sa fiancée, d’un prisonnier parlant sous la torture et qu’on égorge par principe après lui avoir promis sa liberté, de détenus qu’on emmène par camions entiers dans la forêt et qu’on relâche pour les mitrailler par derrière…

Le narrateur dit avoir bénéficié d’un geste de bonté d’un officier qui le fit passer à la fonction d’infirmier. Un rôle un peu moins monstrueux (si on peux dire) dans la monstruosité ambiante puisqu’on lui demandait de remettre sur pieds des prisonniers torturés pour qu’ils retournent à la torture… Benoist Rey ne diabolise pas quelques hommes qui auraient été responsables de toutes les abominations commises par l’armée française en Algérie. Il dit sa honte d’avoir été embarqué dans cette horreur comme tant d’autres, sa tendresse pour certains de ses camarades en dénonçant la fonction qui a transformé des hommes ordinaires en sadiques assoiffés de sang, qui a su effacer quand il le fallait toute trace d’humanité en eux. Pour conclure, un extrait d’un texte de l’auteur qui suit les chroniques et évoque assez bien l’esprit du livre : “ Faire la guerre, c’est être moins qu’un homme et bien plus qu’un salaud. ”(Chant du déshonneur) Ce livre, publié à l’origine aux Editions de Minuit en 1961, avait été saisi dès sa sortie.

Benoist REY, Les Egorgeurs ; préf. de Mato-Topé, Paris : Las Solidarias/Los Solidarios ; Le Monde Libertaire, 1999 – 123 p.

Un lien vidéo: Interview de Benoit Rey

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